• L'Esprit

    L’ESPRIT

     

    « J’aime pas les gens qui ont de l’esprit ».

    Parce que personnellement j’en ai pas beaucoup, certains disent même que j’en ai pas du tout, mais je trouve que c’est pas vrai, ils exagèrent. Ils disent ça parce qu’ils en ont pas beaucoup non plus.

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    L’ESPRIT (le 28/01/2008 à 04h53)

    L’ESPRIT

     

    « J’aime pas les gens qui ont de l’esprit ».

    Parce que personnellement j’en ai pas beaucoup, certains disent même que j’en ai pas du tout, mais je trouve que c’est pas vrai, ils exagèrent. Ils disent ça parce qu’ils en ont pas beaucoup non plus.

    Je vois l’autre jour, on buvait une Kanter chez Juliette après le travail, vers les huit heures. Ouais, huit heures du mat’ parce que je travaille en équipe, alors quand on a fini nos huit heures on se paye un petit décrassage-décollage chez Juliette.

    Alors il y a Henri qui dit comme ça :

    – « Les gars, je vais vous en raconter une bonne : c’est l’histoire d’un gars qui rentre le matin chez lui bourré comme un coin. Il ouvre la porte comme il peut, il veut mettre sa casquette au porte-manteau mais il oublie d’enlever sa main, alors forcément le porte-manteau se casse la gueule, un barouf pas possible dans l’appart. Sa bonne femme elle crie :

    – « Qui c’est » ?

    Alors le mec il répond :

    – c’est le plombier.... mais sa femme elle a pas rigolé du tout, elle lui a balancé une casserole sur la tronche en hurlant

    – « ivrogne » parce que son bonhomme il rigolait. Mais sa femme elle pouvait pas rigoler parce qu’elle connaissait pas l’histoire. »

    Alors tous les copains ils ont gloussé comme des bossus, mais moi j’avais rien compris non plus, comme la bonne femme, c’est pour ça que je rigolai pas comme eux. Alors j’ai demandé à Henri :

    – « Tu crois que sa femme aurait rigolé si elle avait connu l’histoire ? »

    Et tous les autres se sont mis à rire encore plus fort. Ben oui, je pouvais pas rigoler parce que leur histoire du plombier, je la connaissais pas.

    Alors Henri il me sort

    – « Toi Albert tu peux pas comprendre parce que t’as pas d’esprit ! »

    Sur le coup j’ai pas réagi parce que j’avais pas compris ce qu’il voulait dire, mais ça m’avait quand même embêté de me faire chambrer devant les copains, alors le lendemain chez Juliette, Henri, c’est le comique de la boite, quand il nous a dit :

    – « Tiens les gars, je vais vous en raconter une autre : c’est l’histoire du p’tit Nicolas. »

    Bon je me suis dit il faut que je fasse attention de bien rigoler pour ne pas que mes copains trouvent que j’ai pas d’esprit.

    Il commence son histoire :

    – « C’est le p’tit Nicolas qui veut acheter un âne, alors il va voir le père Antoine son voisin qu’en avait un à vendre, ça tombait bien. » Moi je faisais bien attention et je regardais les autres pour voir quand ils allaient rigoler pour ne pas passer pour un con.
    Henri continue :

    – « Le père Antoine dit d’accord, je te le vends mille euros, donne-moi un acompte et je te le livre demain. Aussitôt dit aussitôt fait, le p’tit Nicolas verse cent euros d’acompte et attend le lendemain.

    Le lendemain, le père Antoine arrive tout seul pour annoncer que l’âne était mort dans la nuit et qu’il avait pas l’intention de rendre l’acompte car il l’avait déjà dépensé. »

    Je regardais les autres, ils souriaient, mais ils rigolaient pas, alors je me suis mis comme eux à sourire en attendant.

    – « Le p’tit Nicolas dit alors bon d’accord, tu gardes l’acompte mais tu m’apportes ton âne. »

    – « Qu’est ce que tu vas faire d’un âne mort ? Lui dit le père Antoine »

    – « T’occupe pas, c’est mon affaire répond Nicolas. »

    Sitôt dit sitôt fait.

    Quelque temps plus tard, ils se rencontrent à nouveau :

    – « Qu’est ce que t’as fait de l’âne lui demande le père Antoine ?

    Là je faisais encore plus attention car je trouvais que ça durait déjà depuis un bon moment et que forcément les gars allaient bientôt rigoler.

    – « Eh bien j’ai fait une loterie, j’ai vendu mille billets à deux euros et voilà. »

    – « Mais qu’est ce que t’as fait avec la personne qui avait gagné ? »

    – « Je lui ai présenté l’âne, lui ai dit qu’il était mort dans la nuit et lui ai remboursé ses deux euros. »

    Et là j’ai fait une connerie parce que comme Henri s’était arrêté, j’ai cru que c’était la fin de l’histoire et j’ai rigolé, comme j’ai vu que j’étais tout seul à rire, je me suis arrêté, mais c’était trop tard.

    Alors Henri a fini son histoire

    – « Depuis, le p’tit Nicolas est devenu président de la République et pour remercier le sort de lui avoir permis de bien débuter dans la vie il s’est désormais entouré d’ânes. »

    Et là tout le monde s’est mis à rire, sauf moi, vexé que j’étais pour avant.

    Henri me dit alors

    – « Tu vois bien que t’as pas d’esprit ! »

    Par provocation je lui répondis alors :

    – « Si j’en ai eu deux fois l’année dernière mais t’étais pas là ! »

    Et les copains se sont mis à rire encore plus fort.

    En rentrant chez moi, décidé à ne plus me faire avoir, j’ai demandé à ma femme ce que c’était que d’avoir de l’esprit. Parce qu’il faut dire que ma femme elle s’y connaît là-dedans, elle a eu son BEPC du premier coup et elle regarde « les feux de l’amour » à la télé et même qu’elle comprend tout, moi je me trompe toujours parce ça change sans arrêt de personnages, mais ma femme, chapeau ! Elle sait qui c’est qui est amoureux de celle-là, qui c’est qui a trompé l’autre avec celle-là, et tout le cinéma. Elle s’y connaît ma femme, alors quand je lui ai demandé ça, elle a réfléchi et elle m’a dit :

    – « Avoir de l’esprit c’est quand par exemple quand on dit quelque chose et que les autres comprennent pas ce que tu dis c’est ça avoir de l’esprit, par exemple quand ton chef te dit :

    – « Ici c’est pas le club med alors tu bosses ! ». Tu comprends pas ce que ça veut dire parce que c’est de l’esprit. »

    Bon alors je me suis dit en moi même, il va voir demain Henri si j’ai pas d’esprit. Parce que Henri il se croit plus malin que les autres mais il est comme nous à mettre les légumes dans les cageots.

    Le lendemain matin, à la sortie du boulot, après avoir bu ma Kanter je dis comme ça, mine de rien. Parce que j’avais bien réfléchi dans la nuit. Je m’étais dit : Albert il faut que tu lui montres que t’en as de l’esprit, que t’es pas plus con que les autres, alors j’avais bien préparé mon coup.

    Donc, je finis ma chopine, j’en commande une autre et je dis à tout le monde un truc que j’avais trouvé dans « l’Humanité » que la voisine nous prête quand elle a fini de le lire. J’avais trouvé un truc sur Sarko, remarquez j’ai pas voté pour lui, parce que la veille, mon beau frère m’avait pris la batterie de ma Fiat pour dépanner un copain et qu’il me l’avait pas rendue. Mon bof il travaille couci-couça, mais il est pas raciste, il fait le travail aux noirs il parait. Alors l’air innocent, je leur demande :

    – « Eh les gars, savez-vous par qui il a été divorcé Sarkozy ? »

    Et ça j’étais sur qu’ils allaient pas savoir parce que Henri il lit pas l’humanité, Jules il lit « Nous Deux », enfin il le dit, mais moi je crois qu’il ne regarde que les photos parce que à part faire la différence entre une Kanter et une Kro faut rien lui demander. Les autres ils lisent pas du tout parce qu’ils sont Maghrébins et qu’ils viennent juste d’arriver. Ils sont sympa, moi j’aime bien Tijou. Il s’appelle pas Tijou mais Abdel je sais pas quoi, alors quand on se retrouve chez Juliette le dimanche matin pour l’apéro et le tiercé avec les copains, sauf que Tijou il boit pas d’alcool rapport à sa religion, au moment de cocher les cases et comme il sait pas écrire il dit :

    – « Ti joue celui-là et Ti joue celui-là aussi. »

    Il est sympa Tijou.

    Alors quand j’ai vu que personne répondait je leur ai balancé :

    – « Eh ben il a été divorcé par Constant Mutuel. »

    Alors là ils se sont tous mis à rigoler comme jamais, il y avait Henri qui se tapait sur les cuisses en criant :

    – « Ah ce qu’il est con ! Mais ce qu’il est con ! »

    Je ne sais pas comment, mais ils le savaient déjà.

    Eh bien, depuis ce jour-là

    J’aime pas les gens qui ont de l’esprit !

     

     

     

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